Incendies & biodiversité : comment les oiseaux se réapproprient-ils les zones incendiées ?

Les paysages méditerranéens sont régulièrement incendiés, accidentellement
ou par malveillance. Des milliers d’hectares de végétation peuvent être détruits
en quelques jours. Les pompiers et leurs bombardiers d’eau enchainent les
allers-retours pour déverser leur cargaison d’eau sur le feu.
Les chaines de télévisions et les journaux s’emparent de ce sujet. L’émotion est vive, les images des flammes sont impressionnantes. Des habitations sont parfois détruites,
certains y laissent leur vie puis on oublie jusqu’à l’été suivant...
Mais quelles sont les conséquences de ces incendies sur la végétation et la
biodiversité ?

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Alors que les feux de végétation ont mobilisent une grande partie de l’actualité de l’été 2017, en France ou à l’étranger, l’été 2016 fut aussi marqué par les incendies. Deux départs de feux ont eu lieu dans le secteur du Col de Vence en moins d’un mois. Le second feu s’était déclaré le 6 septembre 2016 au Col de Vence sous la ferme pédagogique de la Cavetière, vers 17h. 120 Pompiers, trois hélicoptères bombardiers d’eau et quatre Canadairs étaient venus à bout de l’incendie vers 21h.
Si aucune habitation n’a été touchée, au moins 80 hectares de végétation sont partis
en fumée
.

La LPO dresse un état des lieux de la recolonisation par l’avifaune

Face aux questions des conséquences des incendies sur la végétation et
l’avifaune, la LPO PACA a proposé dans le cadre de son partenariat avec la ville
de Vence, d’effectuer au printemps 2017 un état des lieux de la recolonisation
de ce secteur par l’avifaune.

La bonne connaissance naturaliste de la commune de Vence, grâce aux
inventaires effectués de 2012 à 2014 pour l’Atlas de la biodiversité communale
et la déclinaison de différents protocoles d’étude sur l’ensemble du territoire
communale, fait de cette zone incendiée un secteur d’étude intéressant pour
observer le processus de recolonisation post-incendie.

Les premiers résultats de cette étude seront présentés dans un rapport
disponible en ligne sur le site www.paca.lpo.fr.

COMMENT LES OISEAUX RECOLONISE-T-ILS LES HABITATS NATURELS ?

Le feu anéantit la végétation et ouvre les milieux. Il induit un processus de
régénération qui reconstituera à terme tout ou partie des habitats naturels
initiaux. Les oiseaux vont donc probablement se réapproprier l’espace mais de
manière différente selon les espèces.

Les Bruants ortolans aiment les brûlis dégradés et réinvestissent le secteur
incendié de la Cavetière dès la première année.

Les Fauvettes mélanocéphale et pitchou trouvent leur optimum dans le maquis intermédiaire qui a pour l’instant disparu de cette zone, ce qui explique leur absence. Le Rougegorge familier ne trouve plus les arbres et les arbustes nécessaires à son alimentation et à sa nidification dans ce secteur incendié. Si un suivi est prévu, végétation et avifaune devraient évoluer de manière parallèle.

D’OU VIENNENT LES OISEAUX QUI RECOLONISE CES MILIEUX ?

Les plantes brûlent sur place et la végétation se régénère à partir du stock de
graines disponibles dans le sol et par rejet des arbres et arbustes brûlés.
Les oiseaux savent voler, ils ont fui devant l’incendie et peuvent revenir après
l’incendie. Les espèces qui viennent coloniser les milieux incendiés semblent en
grande partie déterminées par l’avifaune locale.
Dès la première année, les espèces qui nichent au sol telles que Alouette lulu, Pipit rousseline, Bruant ortolan, Pie-grièche écorcheur, etc. profitant de l’ouverture des milieux par le feu sont des espèces qui nichaient déjà sur site ou à proximité avant
l’incendie.
Le Bruant fou qui apparait dans ce secteur de la Cavetière est par ailleurs noté dans le voisinage du site concerné. Enfin la surface qui a été incendié est assez restreinte et il parait alors plus facile que certaines espèces locales se réapproprient assez rapidement les lieux.

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Les incendie répétés ont des conséquences dramatiques et conduisent à une désertification irréversible

Les incendies génèrent des déserts dénudés sans végétation lorsqu’il vient
d’avoir lieu mais ils sont généralement considérés comme positifs pour les
écosystèmes méditerranéens tant qu’ils concernent des surfaces restreintes et
que leur fréquence reste réduite ; ils ouvrent les milieux, libèrent les sols de
leur emprise végétale et permettent à la végétation de se réinstaller petit à
petit. La biodiversité augmentent et les espèces dites pionnières sont
favorisées. Cependant, cette affirmation n’est correcte que si les incendies ne
sont pas trop fréquents, ni trop étendus et que la végétation a suffisamment le
temps pour se reconstituer. Les incendie répétés ont des conséquences
dramatiques et conduisent à une désertification irréversible.

L’incendie du 6 septembre 2016 a sans nul doute eu un impact local négatif sur
certaines espèces de reptiles et sur les populations de papillons ou les autres
insectes.
L’impact sur les oiseaux a surement été limité puisque la nidification
était terminée et puisqu’ils peuvent s’enfuir rapidement lorsque le feu se
déclare.
A présent, la végétation cicatrise puis retrouvera probablement son
avifaune initiale. Mais cela reste à confirmer par un suivi sur plusieurs années
pour apprécier la capacité et le temps de régénération de ce type de milieux et
la recolonisation des oiseaux et des autres espèces.

LPO PACA Ville Saint-Jules
6 avenue Jean-Jaurès 83400 Hyères
Tél. : 04 94 12 76 52
Web : http://paca.lpo.fr

Cécile LEMARCHAND
5 rue Saint Michel 06140 VENCE
Tél. : 04 93 58 63 85
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Email : cecile.lemarchand lpo.fr