La Chapelle Matisse

Un monument d’art sacré unique au monde

La rencontre et l’amitié entre Henri Matisse et Soeur Jacques Marie sera décisive dans la réalisation de la Chapelle de Vence, un monument d’art sacré unique au monde.


Henri Matisse s’installe à Vence le 30 juin 1943. Contraint de quitter Nice menacée d’être bombardée, il trouve refuge à la Villa « Le Rêve » sur les conseils de son ami André Rouveyre qui réside alors à l’hôtel la Joy de Vivre, avenue des Poilus.

Le 22 août 1943, le peintre écrit « Je suis à Vence depuis un mois et demi- très bien à tout point de vue... Le tout me paraît si loin de Nice, ce grand voyage que j’ai fait en moins d’une heure, que je place dans ce milieu tous mes souvenirs de Tahiti. Ce matin quand je me promène devant chez moi en voyant toutes les jeunes filles, femmes et hommes courir à bicyclette vers le marché, je me croyais à Tahiti à l’heure du marché (...) ».

Concernant la villa Le Rêve, il précise « Belle villa, je veux dire pas en nougat, sans chiqué. Murs épais et portes vitrées et fenêtres allant jusqu’au plafond - donc lumière abondante. (...) Une belle terrasse, avec une grande balustrade abondamment doublée de lierre romain panaché et de beaux géraniums de couleur chaude que je ne connaissais pas - de beaux panaches de palmiers remplissent mes fenêtres ».

Il s’y installe en compagnie de Lydia Delectorskaya, de Josette, sa bonne (dont Gracieuse Savattero, la gardienne du Rêve, rapporte qu’ « elle avait le don de faire un charmant bouquet de tout ce qu’elle trouvait au jardin »), ainsi que de deux infirmières qui se relaient auprès de lui jour et nuit.

La rencontre et l’amitié que Matisse, déjà gravement malade, avait noué en 1942 avec une jeune aide-soignante, va s‘avérer décisive dans la réalisation de la Chapelle de Vence. Monique Bourgeois, une « magnifique personne » dont il apprécie le dévouement, aime dessiner et s’intéresse au travail de Matisse... Elle devient sa confidente et sera le modèle de plusieurs tableaux tels que La jeune fille à la robe verte et blanche aux oranges, et de nombreux dessins. Mais c’est une autre vocation qui l’appelle...

A la fin de l’année 1943, Matisse et Monique Bourgeois se retrouvent, par un heureux hasard, à Vence où elle est venue se reposer en maison de convalescence tenue par des Sœurs Dominicaines, à quelques mètres de la Villa le Rêve. La jeune fille est entrée dans les ordres de Saint Dominique, prenant le voile sous le nom de Sœur Jacques-Marie.

Devenue sœur soignante, elle continue à prodiguer des soins au peintre. En août 1947, Sœur Jacques-Marie confie à Matisse son désir de voir décorer l’oratoire aménagé par les religieuses dans une pièces de leur couvent.


Progressivement, Matisse décide de concevoir ce projet dans sa globalité et de réaliser une chapelle qui serait offerte aux dominicaines. Entouré par des religieux, le Frère Rayssiguier et le Père Couturier, conseillé par des architectes, Auguste Perret et Milon de Peillon, recourant à l’habileté d’entrepreneurs et artisans Vençois, Matisse travaille sur la Chapelle de Vence durant quatre années (de 1948 à 1951). Il élabore les plans de l’édifice et tous les détails de sa décoration (vitraux, céramiques, stalles, bénitiers, objets de culte, ornements sacerdotaux...). Pour la première fois, un peintre réalise un monument dans sa totalité, de l’architecture au mobilier et aux vitraux.

La première pierre de la chapelle est posée et bénie par Monseigneur Rémond, évêque de Nice, le 11 décembre 1949. L’inauguration et la consécration à Notre Dame du Rosaire ont lieu le 25 juin 1951. Matisse, souffrant, ne peut assister à cette cérémonie, mais il fait lire un texte par le Père Couturier : « Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toute ses imperfections comme mon chef-d’œuvre ».

Loin de n’être qu’un hasard dans la vie de Vence, l’œuvre majeure de Matisse marque en fait la confirmation d’une vocation. Celle d’une petite cité à l’histoire fertile, habitée depuis des siècles par l’esprit de la création et l’amour des arts.

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