Une chapelle pour Chagall ?

Chagall à Vence... un projet non abouti (1955)

« Chagall s’apprête à décorer une petite chapelle à Vence, et ce projet ne peut que flatter l’imagination de ceux qui connaissent à la fois la peinture de Chagall et les lieux où doit se manifester son enchantement. Car ce qu’il y a de très particulier et nouveau dans ce cas d’une nouvelle chapelle à décorer, est la grâce extrême, la poésie de cet endroit, le vieux Chemin du Calvaire auquel Chagall est appelé à donner un charme nouveau (...) ».

"C’est, un peu à l’écart de Vence, un chemin montant au flanc d’une petite colline, ombragé de cyprès et de chênes, et bordé de sept petites chapelles rustiques.

Un vieux mur aussi le borde par un trou duquel on peut s’introduire dans un jardin revenu à l’état sauvage et où s’érigent les ruines d’un ancien monastère.

Ces ruines charmantes sont tout habillées de feuillages, et leur recueillement peut séduire l’esprit le plus moderne chez lequel la sensibilité ne sera jamais fermée à de telles grâces du passé.

La chapelle que doit décorer Chagall, attenante à ce monastère mais assez bien conservée, est la plus grande des sept, élevées à distances irrégulières à droite et à gaude du chemin, qui ne mène d’ailleurs à aucun calvaire final.
Elles datent du XVIIème siècle.

Par les portes grillagées on aperçoit au fond de quelques-unes quelques vieilles fresques.

D’autres sont meublées des personnages de la Passion en bois peint.

On rencontre peu de gens dans ce chemin, assez ignoré des touristes, mais tout de même quelques promeneurs s’y égarent et s’arrêtent aux Stations qui attirèrent jadis foule pieuse.

On voit d’ailleurs que les ruines du monastère ont leurs fidèles, car les ouvriers qui retapent la chapelle à orner bouchent régulièrement avec des planches le trou du mur par lequel on peut s’introduire dans le jardin, mais cette barricade est quotidiennement démolie.

C’est dans ces lieux silencieux et solitaires que Chagall va venir peindre, et l’on comprend que cela soit infiniment tentant, et enchante son imagination.

On ne peut douter que la décoration n’attirera en ces lieux une nouvelle foule.
Ils perdront un peu de leur secret. Qu’importe alors ? Ainsi varie la beauté des lieux. C’est dans cinquante ans ou dans un siècle, que nous aimerions monter voir Chagall sur ce chemin solitaire (...)".

Ce texte est extrait de Maeght Editeur « Derrière le Miroir » n°74 - Avril 1955 -Chroniques.